Quand je veux délasser mon esprit, ce n'est pas l'honneur que je cherche, c'est la liberté.
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« Cantouque sans recours »

Les Cantouques, Montréal, Éditions Parti Pris, 1966

Comment pourrais-je coucher avec toi
m’allonger du long de ton flanc doux
t’embrasser les seins te mordiller les tétins
si je n’étais indépendantiste ô mon amour

comment pourrais-je porter mes chnolles
et m’en servir au besoin quand le désir me vient
être un homme et me tenir debout et droit
si je n’étais indépendantiste ô mon amour

comment pourrais-je parler français
comme mes voisins mes pareils
fouler la boue du pays l’appeler mienne
la traîner à mes semelles m’en targuer m’en vanter
m’en mettre plein la vue m’en ennuyer
me sentir chez moi sinon aujourd’hui du moins demain
si je n’étais indépendantiste ô mon amour

comment pourrais-je vivre, oser respirer encore
l’air pollué de mon pays vaincu
l’avenir bouché de mon pays anglichié
supporter la brûlure des Plaines l’incendie des drapeaux
le bris des épées l’exil de trente-sept

comment pourrais-je oser t’aimer te toucher
même lever les yeux vers toi
connaître ne serait-ce que ton nom
si je n’avais à cœur qu’un jour sinon nous du moins nos fils
soient ici chez eux sur la terre que d’aïeul à petit-fils
nous aimons